Arbres en ville : ce que Tree Cities of the World peut apprendre aux collectivités françaises
Par Alexandre Bénichou
Planter des arbres en ville ne suffit pas. Pour qu’une stratégie de végétalisation améliore durablement le confort d’été, la biodiversité, le cadre de vie et la résilience urbaine, encore faut-il organiser la gestion du patrimoine arboré dans le temps. C’est précisément l’intérêt de Tree Cities of the World, programme international porté conjointement par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Arbor Day Foundation.
Lancé dans le prolongement du premier World Forum on Urban Forests organisé à Mantoue en 2018, le programme reconnaît les villes qui structurent réellement la gestion, la protection et le développement de leur forêt urbaine. En mars 2026, la FAO et l’Arbor Day Foundation ont annoncé 283 collectivités reconnues au titre de 2025, dans 26 pays et sur six continents. Le réseau a donc largement dépassé le seuil des 200 villes et continue de progresser.
L’arbre urbain : une infrastructure vivante
L’arbre est souvent abordé comme un élément paysager. Pourtant, en ville dense, son rôle est aussi fonctionnel. La FAO rappelle notamment que le positionnement stratégique des arbres peut contribuer au rafraîchissement de l’air, tout en participant à la filtration de certains polluants et à l’amélioration du cadre de vie.
Cette approche conduit à considérer le patrimoine arboré comme une infrastructure vivante : il doit être planifié, financé, entretenu, renouvelé et suivi. Un arbre planté aujourd’hui ne délivrera pleinement ses services écosystémiques que s’il dispose d’un sol suffisant, d’eau, d’un espace aérien adapté et d’une gestion compatible avec sa croissance pendant plusieurs décennies.
Tree Cities of the World : cinq standards simples mais structurants
Pour obtenir la reconnaissance Tree Cities of the World, une collectivité doit satisfaire cinq standards. Leur intérêt dépasse le label lui-même : ils constituent une grille de lecture particulièrement utile pour évaluer la maturité d’une politique locale de l’arbre.
1. Désigner clairement qui est responsable des arbres
La ville doit identifier une personne, un service ou une instance clairement responsable de la plantation, de l’entretien et de la planification des arbres situés sur le domaine public. Cette responsabilité évite qu’une politique de végétalisation soit dispersée entre plusieurs services sans véritable pilotage.
2. Établir des règles de protection et de gestion
La collectivité doit disposer d’au moins une règle, politique officielle ou réglementation encadrant la plantation, l’entretien, la protection et l’abattage des arbres. La question n’est donc pas seulement de planter davantage, mais aussi de protéger le patrimoine existant.
3. Connaître son patrimoine arboré
Une politique crédible suppose un inventaire, une évaluation récente ou une étude de canopée. Combien d’arbres ? Quelles essences ? Quels âges ? Quels secteurs sont déficitaires ? Quels sujets présentent des risques ou devront être renouvelés ? La donnée permet de passer d’une succession de plantations ponctuelles à une stratégie de long terme.
4. Consacrer des moyens annuels aux arbres
Tree Cities of the World demande également de démontrer un investissement financier ou en nature consacré chaque année à la forêt urbaine. Ce principe est essentiel : le coût réel d’un arbre ne s’arrête pas à son achat et à sa plantation. Arrosage, suivi, taille raisonnée, remplacement, diagnostic sanitaire et gestion des sols conditionnent sa pérennité.
5. Faire de l’arbre un sujet collectif
Enfin, la ville doit organiser au moins une action publique de célébration ou de sensibilisation autour des arbres et de celles et ceux qui les entretiennent. Derrière cette dimension symbolique se trouve un enjeu concret : une politique de l’arbre fonctionne mieux lorsqu’elle est comprise et partagée par les habitants.
De Paris aux villes intermédiaires : un cadre applicable à toutes les échelles
Le programme ne concerne pas uniquement les métropoles. Dès les premières reconnaissances figuraient aussi bien Paris, New York ou Toronto que des collectivités de taille plus modeste. Le principe est précisément de proposer un socle de gouvernance adaptable à la taille de la commune.
Pour les collectivités françaises, cette méthode peut inspirer une démarche très opérationnelle : inventorier le patrimoine, cartographier la canopée et les secteurs exposés à la chaleur, définir des objectifs de plantation et de conservation, organiser la responsabilité entre services, prévoir les budgets d’entretien et suivre les résultats dans le temps.
Planter là où l’arbre peut réellement devenir grand
L’un des enjeux majeurs de la végétalisation urbaine consiste à ne pas confondre nombre de plantations et efficacité écologique. Un jeune arbre installé dans une fosse trop petite, soumis au stress hydrique ou remplacé quelques années plus tard ne produit pas les mêmes bénéfices qu’un arbre mature disposant de conditions favorables.
La stratégie doit donc intégrer simultanément le choix des essences, le volume et la qualité des sols, la disponibilité en eau, la gestion des eaux pluviales, les contraintes de réseaux, l’ombrage recherché, la biodiversité et les usages du site. Dans certains projets, désimperméabilisation et végétalisation doivent ainsi être conçues ensemble.
Quel lien avec l’immobilier et le bâtiment ?
La forêt urbaine ne s’arrête pas à l’espace public. Copropriétés, ensembles résidentiels, bureaux, commerces, foncières et parcs d’activités disposent eux aussi de surfaces susceptibles de participer à la continuité végétale de la ville : cours, parkings, pieds d’immeubles, jardins, terrasses et parfois toitures.
Pour un propriétaire ou un gestionnaire immobilier, la bonne question n’est donc plus seulement « où planter un arbre ? », mais comment intégrer le vivant dans une stratégie durable d’adaptation du bâti. Cela implique un diagnostic du site, une analyse des usages et des contraintes techniques, puis un programme réaliste de plantation et de maintenance.
Ce que nous pouvons retenir de Tree Cities of the World
Le principal enseignement du programme est finalement très concret : une ville arborée ne se construit pas par une campagne ponctuelle de plantation. Elle repose sur une gouvernance, des règles, une connaissance du patrimoine, des ressources et une culture commune de l’arbre.
Cette méthode peut également être transposée à l’échelle d’un patrimoine immobilier. Avant de multiplier les plantations, il est pertinent de savoir ce qui existe, ce qui peut être conservé, quels espaces doivent être désimperméabilisés, où l’ombre est prioritaire et comment assurer la maintenance sur plusieurs années.
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Sources
FAO, Urban and Peri-urban Forestry et World Forum on Urban Forests ; FAO, communiqué du 17 mars 2026 annonçant 283 communautés reconnues comme Tree Cities of the World 2025 ; Tree Cities of the World, standards officiels de reconnaissance et présentation du programme ; FAO, ressources sur les arbres et forêts urbaines.
